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  • Les Rama à Mada

#2 - Retour sur l'histoire d'Écoles du Monde

Chers tous,

Comme nous vous l’avions promis, il est temps de vous présenter l’ONG aux côtés de laquelle nous nous engageons cette année : Écoles du Monde.

Son histoire commence en 1997, lorsque Charles Gassot, producteur de cinéma, découvre Madagascar à l’occasion du tournage d’un film. Marqué par la beauté de cette île autant que par la misère de sa population, il rentre en France avec une ferme volonté d’agir, à son échelle.

Conseillé par le Père Pedro dont nous vous parlions dans notre première newsletter, il décide de prioriser son action sur les populations de brousse, afin de les sédentariser en ruralité et d’enrayer le phénomène d’exode rural massif vers les villes.

En effet, à la fin des années 90, les populations rurales ont toutes le même rêve : rejoindre la ville. Antananarivo, la gigantesque capitale malgache que nous avons déjà évoquée, fait figure d’Eldorado et des milliers de familles rassemblent leurs effets personnels et partent à pied pour y trouver leur salut.

À l’arrivée, la désillusion est rapide : ces familles de paysans, ignorantes des codes de la ville, se retrouvent rapidement désœuvrées et s’entassent dans de terribles bidonvilles dans des conditions de vie inhumaines. À la demande de leur parents, les enfants vont travailler sur les décharges, les jeunes filles se prostituent, et les plus grands garçons viennent nourrir les rangs des gangs locaux.


Voici deux photos prises par Charles Gassot en 1997, qui apportent un témoignage édifiant de la situation de Madagascar et de sa population à cette époque :




C’est pour lutter contre ce terrible phénomène et permettre aux populations rurales de vivre dignement que naît l’ONG Écoles du Monde dans la région de Mahajanga, à l’Ouest du pays.



Devinette:


Quel est le point commun entre «La vie est un long fleuve tranquille», «Tatie Danielle», «La cité de la peur», «Le bonheur est dans le pré», «Le goût des autres» et «Tanguy» ?


Derrière tous ces films cultes se cache un même homme, Charles Gassot, qui a produit plus de 60 films au cours de sa carrière.






Fort de ses relations, Charles Gassot lève des fonds auprès d’entreprises et de particuliers afin de pouvoir ouvrir un premier site.

La stratégie est de centrer l’action sur l’éducation. Non seulement parce que dans un pays où le système éducatif présente des faiblesses structurelles, l’accès à une éducation de qualité est la promesse d’un avenir meilleur, mais aussi parce que scolariser les enfants permet de gagner la confiance de l’ensemble des familles et ainsi de travailler main dans la main avec les villageois.

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À travers notre prisme européen, il est souvent difficile de nous faire une juste représentation de l’étendue des problèmes d’un système scolaire comme celui de Madagascar. Voici quelques chiffres pour vous en donner un aperçu.

Madagascar est l’un des pays les plus pauvres de la planète avec une population jeune, nombreuse et qui croît à grande vitesse.

En 2019, la Grande Ile est classée comme le 5ème pays le plus pauvre du monde, son PIB par habitant étant estimé à environ 460$ par la Banque Mondiale contre environ 41 460$ pour la France. Elle abrite aujourd’hui 27 millions d’habitants, alors qu’elle en comptait 13,5 millions en 1995, ce qui signifie que la population a doublé en seulement 25 ans.

Remonter le temps donne le vertige : quand le grand-père de Marc était petit, en 1920, la Grande Ile comptait seulement 1 million d’habitants. Quarante ans plus tard, au moment de l’indépendance, quand le père de Marc quittait Madagascar à l’âge de 12 ans, la population atteignait à peine les 5 millions. Au moment de notre rencontre, en 2017, la population passait le cap des 25 millions.

Et le taux de fécondité, bien que décroissant, est encore estimé à 4,1 en 2018 par l’UNESCO. Selon les projections, la population devrait de nouveau doubler d’ici 2050… En moins d’un siècle et demi, la population malgache sera passée de 1 à 50 millions d’habitants


Parce que les images nous parlent toujours mieux que les mots, voici les pyramides des âges de Madagascar à gauche et de la France, à droite :



Dans un pays où plus de 55% de la population a moins de 20 ans, le rôle de l’éducation apparaît comme primordial pour améliorer la situation et dessiner le futur de la Grande Ile.

Malheureusement, le système scolaire laisse largement à désirer et un grand nombre de familles en ruralité sont encore réticentes à l’idée d’envoyer leurs enfants à l’école. En effet, dans un pays où, selon la Banque Mondiale, 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté (moins de 1,90$ par jour en parité de pouvoir d’achat) et le revenu brut moyen est estimé à environ 35€ par mois (alors même que le salaire minimum officiel est de 50€ depuis 2019), les enfants représentent une source de revenus non négligeable pour les foyers les plus pauvres et on estime qu’un enfant sur quatre travaille.


Dans les écoles publiques, les moyens manquent et un grand nombre de classes fonctionneraient à temps partiel à cause du manque de salles ou de professeurs. En brousse, les écoles sont inexistantes, vides ou insalubres.


Pour vous donner un aperçu de ce que cela signifie concrètement, voici quelques photos récentes d’écoles de brousse malgaches (de mauvaise qualité ; désolés, elles ont été prises par un téléphone 'local'):



A ce manque d’infrastructures s’ajoute la très faible qualification des enseignants. D’après des études effectuées en 2019 par la Banque Mondiale, seul 1 enseignant sur 1 000 a eu un score égal ou supérieur à 80% sur les tests de Français et de Mathématiques. En particulier, près de 20% des enseignants n’ont pas réussi à effectuer une soustraction de nombres à deux chiffres (86 - 55) et 55% à additionner des nombres décimaux (0,24 + 0,57).


Ces lacunes dans le corps professoral conduisent à une situation catastrophique. D’après une étude de la Banque Mondiale sur les Indicateurs de Prestation de Service en Éducation effectuée en 2016, 97% des enfants malgaches en âge de fin de cycle primaire sont analphabètes. Concrètement, cela signifie que, sur 100 enfants malgaches de moins de 10 ans, seulement 3 peuvent lire et comprendre un texte. Cette même étude révèle que 48% des élèves malgaches ont du mal à réaliser de simples opérations mathématiques.

Ces facteurs mènent à une véritable crise de l’apprentissage qui se traduit par un fort taux de redoublement (30% en moyenne) et d'abandon en cours de cycle (environ 50%).

Dans un tel contexte, centrer l’action de l’ONG sur l’éducation semblait une évidence.

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Ainsi, la première école primaire est construite à Maromiandra en 1998, à une quarantaine kilomètres au Sud de Majunga.

Si les parents y envoient leurs enfants, c’est d’abord et avant tout parce qu’ils y sont nourris, d’un petit-déjeuner le matin et d’un déjeuner le midi. À Madagascar, la sous-nutrition est une dure réalité pour une grande partie de la population et, d’après l’UNESCO, un enfant de moins de 5 ans sur trois est en insuffisance pondérale et 50% souffrent de retard de croissance.


Parce que l’accès à une source d’eau potable et à des installations sanitaires est une base nécessaire au développement, la construction de l’école s’accompagne de celle d’infrastructures pour les élèves et leurs familles : des puits et fontaines pour assurer la fourniture en eau potable, ainsi qu’un château d’eau et un bloc sanitaire équipé de douches et de toilettes pour promouvoir l’hygiène.

Dans les zones rurales de Madagascar, on estime qu’en 2018, seulement un tiers de la population a accès à une source d’eau potable et environ 12% à une installation sanitaire.


Afin d’assurer un enseignement pérenne de qualité, il est important de sédentariser les enseignants. Le site comprend donc une maison pour les instituteurs.

Enfin, une infirmerie est ouverte pour assurer l’accès à la santé.



La même année, en 1998, une seconde école est ouverte à Manarenja, un village de 1000 habitants, avec une centaine d'enfants scolarisés dès le début.

Les ouvertures d'écoles continueront à un rythme effréné, avec presque une ouverture par an. Mais l'objectif premier n'est pas tant de multiplier les sites que d'assurer une action complète et durable pour le développement de chaque village.


Voici quelques photos des différents sites de l'ONG et de leur construction au fil des années:



Pour donner aux habitants des villages de brousse les moyens d’assurer durablement sur place l’amélioration de leurs conditions de vie, Écoles du Monde s’est toujours attachée à rechercher une pérennité dans ses actions.


Cette politique à long terme s’est articulée, village par village, autour de trois phases.

D’abord, la construction des bâtiments (écoles, puits, dispensaires, ateliers …),

Ensuite, le développement interne grâce au transfert progressif des budgets de fonctionnement (entretien des installations, salaires des personnels d’enseignement et de santé …) et la mise en place de conventions et de systèmes de cotisations (eau, médicaments, énergie …),

Enfin, l’acquisition d’une autonomie complète grâce notamment à la formation et à la mise en place de moyens stables de développement économique (artisanat, cultures à forte valeur ajoutée, meilleure gestion des stocks alimentaires, prêts spécifiques …) ou le développement des infrastructures.


Forte de son expérience, Écoles du Monde s’est efforcée, dans chaque nouveau village d’intervention, d’aider les habitants à exprimer et prendre en charge leurs projets de développement, en limitant son action à la fourniture de compléments hors de leur portée (savoir-faire, matériaux …).


Chaque année, l’ONG a choisi un ou plusieurs projets, en fonction de ses possibilités financières.


Ainsi, en 2008, après seulement 10 ans d’existence, Écoles du Monde a déjà ouvert 7 sites répartis sur 3 zones, dans lesquels 1 500 enfants sont scolarisés.

En voici un aperçu :




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Si l’éducation et la formation représentent l’action première d’Écoles du Monde, vous aurez compris que son périmètre d’intervention ne s’y limite pas ; il s’articule autour de cinq grandes thématiques :


- L’éducation et la formation :

Elles sont donc la première étape et le cœur de l’intervention d’Écoles du Monde. L’ONG crée ou réhabilite des écoles de brousse au sein de villages qui en ont manifesté la demande, afin d’assurer l’accès à l’éducation de leur population.

Au-delà des enfants, l’ONG propose également des cours d’alphabétisation et des formations spécialisées pour accompagner les villageois.



- L’eau, l’assainissement et l’hygiène :

Une des priorités initiales de l’association a été d’améliorer la sécurité alimentaire des populations de brousse et les conditions d’hygiène des villageois.

Ainsi, en complément de son travail sur l’éducation, l’ONG dote chaque village d’infrastructures permettant l’accès à l’eau potable et l’amélioration de l’hygiène : des puits munis de pompes, des châteaux d’eau, des blocs sanitaires et des latrines sont construits à proximité immédiate des habitations.

En outre, les villageois sont sensibilisés aux pratiques essentielles au respect de l’hygiène (lavage des mains systématique, abandon des pratiques de défécation à l’air libre, etc), conditions nécessaires à la protection de la santé.



- La santé :

Si les inégalités d’accès au soin dans le monde sont actuellement mises sous le feu des projecteurs en raison de l’épidémie mondiale à laquelle nous devons faire face, le non-accès aux soins est une bien triste réalité pour des milliards de personne à travers le monde.

Madagascar, comme l’immense majorité des pays du continent africain, n’échappe pas à la règle : les infrastructures et le nombre de personnels soignants sont extrêmement limités (on estime qu’il y a environ 10 médecins pour 100 000 habitants à Madagascar, contre 320 en France…) et le recours aux marabouts et à la médecine traditionnelle reste largement prédominante.


Depuis sa création, Écoles du Monde s’est donnée pour but d’assurer la sécurité sanitaire des villages ruraux dans lesquels elle intervient. Cela consiste à créer et maintenir de bonnes conditions sanitaires, à fournir l’accès à des services de santé préventifs et curatifs et à sensibiliser la population aux maladies communes et aux bons réflexes à acquérir.

Ainsi, dans tous les villages d’intervention de l’ONG, ont été construits un dispensaire ou une infirmerie, ouverts à tous les villageois. Le fonctionnement repose sur la gratuité des consultations médicales et la participation financière de la communauté villageoise au réapprovisionnement des stocks de médicaments, afin qu’elle valorise cet accès aux soins.

Les actions de sensibilisation sanitaire sont ciblées sur la nutrition, la lutte contre les maladies endémiques (paludisme, tuberculose, choléra) et la promotion du planning familial.




- Le développement économique via l’agriculture, l’élevage et l’artisanat

L’un des principaux objectifs d’Écoles du Monde est d’aider les populations rurales à atteindre une autonomie financière grâce au développement économique local. Les populations rurales étant presque exclusivement tournées vers l’agriculture vivrière, l’ONG concentre son action sur l’optimisation des pratiques agricoles, la création de petits élevages et le développement de l’artisanat.

Ainsi, des projets de microcrédits ont été lancés avec les parents d’élèves et d’autres villageois, permettant l’émergence de plusieurs activités génératrices de revenus : diversification des cultures agricoles locales (papayers, bananiers, riz, arachides), aviculture (élevages de poules et de canards essentiellement), création de gargotes-épiceries fournissant aux villageois les produits de première nécessité, broderies artisanales, etc.



- La protection de l’environnement

Dans un pays où la déforestation fait des ravages (nous y reviendrons), la sensibilisation de la population à la protection de l’environnement est essentielle.

Les scientifiques estiment que 80% de la forêt malgache a disparu, avec un impact non seulement sur la biodiversité (45% des espèces de mammifères sont menacées de disparition), mais aussi sur les populations locales dont la survie même est mise en danger par la disparition des ressources induite. Chaque année, les forêts reculent d’environ 200 000 hectares ; c’est environ 20 fois l’équivalent de Paris qui disparaissent par an…

Écoles du Monde a ainsi lancé des programmes de sensibilisation des populations à la lutte contre la déforestation et à l’économie des ressources forestières. Parallèlement, l’ONG mène des projets de reboisement depuis 2012.



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En 23 ans, Écoles du Monde a permis la sédentarisation en brousse de 30 000 villageois sur 15 sites, dont certains avaient été dépeuplés, et la scolarisation de plus de 12 500 enfants en écoles maternelle et primaire. L’ONG s’attache ensuite à accompagner la scolarisation, dans le collège et le lycée publics de la ville de Majunga, des élèves issus des villages de brousse.

Écoles du Monde a également construit plus de 160 puits et 20 châteaux d’eau, créé 5 dispensaires et permis le reboisement de plus de 1000 hectares.





Depuis 2016, les actions de l’ONG se sont concentrées sur le site de Besely, qui se veut une "école/village modèle". Peu à peu, la gestion des autres écoles a été transférée à l'éducation nationale malgache. Pour autant, Écoles du Monde continue de les approvisionner en fournitures scolaires et assure la formation des instituteurs pendant l'été.


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Il est bien difficile de résumer 23 ans d’actions en une newsletter, mais nous espérons qu’elle vous aura donné un bon aperçu de l’engagement d’Écoles du Monde à Madagascar.

Dans notre prochain article, nous vous donnerons plus de détails sur l’école-pilote de Besely, notre lieu principal de travail cette année, et sur notre rôle et nos missions ici. A très vite, Les Rama

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